L’intelligence artificielle et ses variantes (robots, algorithmes, plateformes) n’est plus un sujet de fiction ou un débat d’experts. Le nombre de rapports sortis ces dernières années sur le sujet tant au niveau national, européen que mondial, montre la vitalité des débats et les enjeux de développement qui y sont associés. Mais notre quotidien est également impacté : nous ne consommons plus de la même manière et tous nos actes de la vie quotidienne, quel que soit notre âge et notre situation, sont concernés. Un chirurgien n’exerce plus son activité de la même manière, l’accès aux services bancaires se transforme et l’achat direct de formation est dorénavant possible avec l’application moncompteformation. Et les exemples sont infinis et pas nécessairement prévisibles. 

Un sujet polémique

Certains y voient un progrès considérable, au nom d’une disruption numérique qui libèrerait enfin l’homme de tâches fastidieuses. D’autres n’y voient qu’une nouvelle manière de générer une répartition des rôles et du pouvoir en nous amenant à regarder à la fois le processus progressif de remplacement de l’homme par la machine mais en nous montrant également le côté plus obscur du monde du Big Data.  Antonio A. Casilli dans son ouvrage « En attendant les robots : enquête sur le travail du clic » nous en donne une toute autre image. L’introduction est d’ailleurs assez fascinante : un étudiant qui rêve de robots et qui découvre dans une start-up qui vend son savoir-faire, qu’il n’y a pas d’algorithme génial mais bien de petites mains, des travailleurs obscurs qui s’échinent pour un salaire très faible à personnaliser nos profils et les offres qu’on nous fait. Pas de génie donc, mais plutôt des myriades de tâcherons du clic. On nous aurait menti ? Encore une généralisation hâtive ? Une paranoïa de chercheur qui ne cherche qu’à alimenter sa vision. Et qui ne trouve que des éléments à charge. Ou une réalité sûrement plus complexe, hybride, qui a évidemment ses zones d’ombres. En tout cas, le propos est étayé. Les coulisses de ce théâtre de marionnettes (sans fils) donnent cependant à voir un tout autre spectacle. Celui des usagers qui alimentent gratuitement les réseaux sociaux de données personnelles et de contenus créatifs monnayés par les géants du Web. Celui des prestataires des start-ups de l’économie collaborative, dont le quotidien connecté consiste moins à conduire des véhicules ou à assister des personnes qu’à produire des flux d’informations sur leur smartphone. Celui des microtravailleurs rivés à leurs écrans qui, à domicile ou depuis des « fermes à clic », propulsent la viralité des marques, filtrent les images pornographiques et violentes ou saisissent à la chaîne des fragments de textes pour faire fonctionner des logiciels de traduction automatique.

Une réflexion nécessaire, qui au-delà de la colère et des doutes qu’elle génère, nous incite à regarder de près ce qui se joue. Et auquel chacun d’entre nous contribue sans toujours le savoir. Histoire d’alimenter le débat et d’éclairer les enjeux collectifs. Car c’est d’une communauté de destin dont il s’agit et pas uniquement d’outils.

 » En attendant les robots Enquête sur le travail du clic »  – Antonio A.Casilli

http://www.seuil.com/ouvrage/en-attendant-les-robots-antonio-a-casilli/9782021401882

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